L’ordre et la morale : le retour en force de Kassovitz

Après ses deux incursions hollywoodiennes – moyennement réussie pour Gothika, totalement foirée pour Babylon A.D. (un plantage à voir dans l’excellent making-of Fucking Kassovitz) – Mathieu Kassovitz revient sur les écrans en force avec « l’Ordre et la Morale », derrière mais aussi devant la caméra. Le film retrace les événements dramatiques survenus lors de la prise d’otages de la grotte d’Ouvéa en Nouvelle Calédonie en 1988, en pleine période de campagne présidentielle, qui aboutiront à la mort d’une vingtaine de preneurs d’otages et de deux gendarmes.

Comme Paul Greengrass l’avait fait pour Bloody Sunday, Kassovitz prend le temps pendant plus de deux heures de revenir sur les faits, et pointe les responsabilités politiques de chacun. Il a choisi d’interpréter lui-même Philippe Legorjus, le capitaine du GIGN qui se retrouve chargé de négocier avec les preneurs d’otages indépendantistes kanaks. Débarqué sur place, il va devoir composer avec l’armée et le général Vidal, les politiques (Bernard Pons, ministre de l’outre-mer du premier ministre Chirac), et les kanaks. Il devra finalement choisir entre l’ordre (celui imposé par l’armée et le président d’en recourir à la force) et la morale (il va devoir trahir le chef des indépendantistes avec lequel il était en train de trouver un terrain d’entente).

Malgré le jeu moyen de certains protagonistes, principalement dû au fait que Kassovitz ait choisi de caster des kanaks qui ne sont pas des acteurs professionnelles, on reste happé par l’histoire et la mise en scène et son interprétation en tant qu’acteur sont impeccables. Et, bien que tout le monde connaisse l’issue des événements, le réalisateur de « la Haine » parvient à faire monter le suspense crescendo jusqu’à l’assaut final (dont le clin d’œil à Apocalypse Now ne passe pas inaperçu), dans une scène magistralement mise en image : on s’y croirait…

C’est dans sa manière d’appuyer là où ça fait mal que Kassovitz convainc : les politiques (Chirac et Mitterrand) en pleine campagne veulent tout faire pour se débarrasser du problème au plus vite en mettant la pression sur l’armée avant les élections, à tel point que l’on va assister à une scène pendant laquelle l’armée envisage carrément de résoudre le conflit par une attaque au napalm (qui a vraiment eu lieu selon les dires de Kasso après la projection du film).

C’est finalement le Président de l’époque, d’abord favorable au dialogue, qui signera l’ordre final de donner l’assaut sur la grotte. Ce alors que Legorjus, manquant un peu de temps, aurait pu éviter en y envoyant des journalistes. Confronté à un dilemme moral, il choisira d’agir en bon soldat. Avec les conséquences qu’on connait désormais. Suggérées dans le film, les exactions et exécutions commises par l’armée à la fin de l’assaut, dénoncées par un rapport de la ligue des droits de l’homme, ne seront jamais condamnées. Les protagonistes ont en effet bénéficié d’une amnistie générale peu après.

« L’Ordre et la Morale » est probablement le meilleur film de Kassovitz depuis « La Haine » en 1995. On y retrouve un engagement politique qui fait plaisir à voir et un vrai sens de la mise en scène. Il est toujours bon de se rappeler de quelles saloperies nos dirigeants sont capables…

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