Critique : « Millenium, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes »

C’est avec de grosses attentes que je suis allé voir l’adaptation américaine du best seller de Stieg Larsson par David Fincher, réalisateur surdoué qui avait réinventé le thriller avec « Seven », avant de nous en mettre plein la gueule avec « Fight Club » ou encore de nous plonger dans l’aventure de la création du « Social Network » le plus populaire du monde. Sa version de « Millenium » s’avère brillante, glaciale, comme d’habitude extrêmement maîtrisée, et plutôt fidèle au roman original, mais elle ne parvient pas à apporter quoi que soit de nouveau ou de différent par rapport au film suédois dont elle est le remake.

Bien sûr, il aurait été impossible et ridicule de transposer l’intrigue du polar aux Etats-Unis, tant elle s’inscrit dans une histoire très européenne qui prend racine dans les années 40. Au départ de Millenium, une richissime famille d’industriels suédois, les Vanger, dont beaucoup des membres sont très louches et certains carrément nazis. À sa tête, le vieux patriarche Henrick, engage un reporter déchu, Mikael Blomkvist (Daniel Craig) pour qu’il enquête sur sa propre famille et découvre qui a tué Harriett, sa petite nièce disparue 40 ans plus tôt sur une île dont elle n’a pas pu sortir.

Un wodunnit qui pourrait être classique s’il ne faisait pas intervenir le personnage le plus intéressant dans tout ça, une certaine Lisbeth Salander. C’est Rooney Mara, la fille qui faisait l’ouverture du « Social Network » en tête à tête avec Zuckerberg, que Fincher a choisi pour l’interpréter. Méconnaissable, elle parvient à être au moins aussi convaincante que Noomi Rapace, LA révélation de la première adaptation suédoise de Millenium, sans toutefois la faire oublier. Un pari risqué mais tenu. Victime de son apparence et de son inadaptation, ce génie du piratage au corps maigre et tatoué l’est aussi de la barbarie des hommes (son père, son nouveau tuteur) et porte en elle le poids de la souffrance et de la rage.

Dans le rôle du journaliste, Daniel Craig est quant à lui pour une fois plutôt bon, et parvient à installer de la subtilité dans son jeu, ce qui relèverait presque de l’exploit. Tout comme leurs méthodes d’investigation, les deux héros sont totalement complémentaires et forment un duo contrasté qui fonctionne parfaitement. Le reste du casting est lui aussi à la hauteur avec des seconds rôles particulièrement bien choisis (Christopher Plummer, Robin Wright).

Dès son surprenant générique, qui rappelle un peu de ceux de James Bond mais avec beaucoup plus de style, David Fincher instille une atmosphère noire et troublante, avec la maestria qu’on lui connait. L’image est léchée, le cadre précis, et le rythme assez soutenu malgré quelques longueurs et pas mal de bavardages indispensables à la reconstitution de l’intrigue complexe du roman et à la compréhension du travail d’enquête (plus de 700 pages quand même, si mes souvenirs sont bons). Et question suspense, le réalisateur de « Panic Room » sait toujours y faire, grâce à un montage et une bande son eux excellents, eux aussi. Il fait de son Millenium un thriller prenant et angoissant qui offre une belle conclusion à sa trilogie policière après « Seven » et « Zodiac ».

Le seul problème, c’est que, aussi bien réalisé et interprété qu’il soit, Millenium reste un remake, et impossible de se défaire d’une impression de déjà-vu quand on est allé voir la version de Niels Arden Oplev.

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