Critique : « Week-end » d’Andrew Haigh

Présenté il y a quelques mois au festival du film LGBT de Paris « Chéries-Chéris », le très joli film « Week-end » du réalisateur britannique Andrew Haigh bénéficie enfin d’une sortie dans les salles françaises. Il raconte l’histoire d’une rencontre amoureuse fugace entre deux hommes qui vont apprendre à se connaître et développer des sentiments l’un pour l’autre en l’espace de deux jours. Le temps d’un week-end, donc. Mais plus qu’une simple histoire d’amour homo, le film explore avec justesse et réalisme le thème de l’amour naissant.

Entre Russel et Glen, tout commence comme une banale histoire d’un soir. Après une soirée arrosée avec ses amis hétéros, Russel rejoint un bar gay et finit la nuit avec Glen, un mec qu’il pense « trop bien pour lui » mais qu’il invite tout de même dans son appartement. De cette première nuit à deux rien ne sera montré. Mais au réveil, Glen interroge Russel sur l’oreiller sur ses impressions par rapport à leur rencontre et leurs premiers ébats, dictaphone en main, comme il le fait avec tous ses amants dans le cadre d’un projet artistique.

Une introduction inattendue à leur histoire à peine débutée que les amants commentent déjà, et qui va créer une complicité quasi immédiate entre ces deux hommes qui ne connaissent rien l’un de l’autre. Alors que les deux hommes se découvrent au fur et à mesure que les heures passent et qu’ils se dévoilent progressivement, Glenn avoue tardivement à Russel qu’il quittera l’Angleterre pour les Etats-Unis à la fin du week-end. Leur amour naissant devenu de plus en plus évident se voit alors déjà condamné et le compte à rebours commence, bouleversant.

Il ne se passe pas grand chose dans cette histoire, très simple, constituée essentiellement de dialogues entre ces deux amants. Mais elle parvient à en dire beaucoup sur ce que c’est que d’être un homo aujourd’hui, grâce à des personnages archétypaux mais pas stéréotypés. Russel, homo discret plus ou moins assumé, veut croire en une véritable histoire d’amour, tandis que Glen, beaucoup plus « out » entend s’amuser et collectionner les amants après une rupture difficile.

À travers leur regard et les expériences qu’ils se racontent, ces deux amants évoquent avec sincérité et vérité ce qu’on peut ressentir en tant que gay dans la société actuelle, où les obstacles restent présents pour les couples homos. Entre visibilité accrue et intolérance toujours persistance, pas toujours facile de s’afficher dans la rue avec celui qu’on aime, de s’imaginer fonder une famille, d’être confronté à la discrimination. Autant de sujets touchés du doigt au détour d’une conversation qui apportent aussi à cette histoire d’amour une tonalité politique.

Et au-delà du thème de l’homosexualité, tout le monde pourra s’identifier à cette histoire qui parle avant tout avec tendresse et subtilité de la naissance des sentiments amoureux et d’une intimité touchante entre deux êtres. Comme le dit le réalisateur, « Week-end » a un sujet simple et universel : « comment rencontrer quelqu’un, le découvrir, peut-être faire un bout de chemin avec lui ». Les deux interprètes principaux, Tom Cullen et Chris New, sont pour beaucoup dans la réussite de ce film, impressionnants de justesse et d’émotion. Il existe entre eux une véritable alchimie qui rend leur love story extrêmement crédible, au contraire d’un autre couple homo vu récemment, celui de Béart et Dalle dans Bye-Bye Blondie. Leur performance à elle seule vaut le coup de se déplacer.

Un film poignant à ne pas rater.

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