Critique : « Sur la route » de Walter Salles

Roman culte de la beat generation, « Sur la route » est réputé pour être une œuvre inadaptable sur grand écran, du fait de son rythme si particulier et de sa narration vraiment très peu linéaire. Le réalisateur Walter Salles, qui n’est pas étranger au genre du road movie (on lui doit les «Carnets de voyage » du jeune Ernesto Guevara), a tout de même décidé de relever le défi. S’il n’est pas relevé haut la main – impossible de toute façon pour cette arlésienne du cinéma sur laquelle tant de cinéastes dont Coppola se sont cassé les dents  – on peut néanmoins dire qu’il s’acquitte de sa tâche avec style mais dans une forme malheureusement beaucoup plus classique que celle du matériau original de Jack Kerouac. Il reste cependant très fidèle à sa trame, dans les personnages rencontrés, les lieux traversés et les différentes étapes de ce voyage initiatique.

Le film débute sur les premières lignes du roman énoncées par le personnage central de Sal Paradise (Sam Riley, révélé par Control), un jeune écrivain new-yorkais en devenir qui va voir sa vie bouleversée par sa rencontre avec un homme libre dans sa tête, Diego Dean Moriarty. Dean est marié à une adolescente de 16 ans (Marylou) avec qui il passe une partie de ses nuits quand il n’est pas occupé par d’autres conquêtes, ou bien parti boire et consommer des substances illicites. Attiré par le magnétisme de Moriarty, Sal est frappé d’un coup de foudre amical pour Dean, et les deux jeunes hommes deviennent inséparables. Ils  sortent régulièrement ensemble avec leur ami et poète Carlo Marx pour boire, fumer et écouter du be-bop jusqu’à l’aube dans les troquets et les night clubs de la Grosse Pomme.

Sam Riley, Kristen Stewart et Garret Hedlund

Après le départ de ses deux amis pour Denver, d’où est originaire Dean, Sal décide de les rejoindre et de commencer ce qu’il appelle sa « vie sur la route », en vivant de petits travaux comme la récolte de coton ou le chargement de trains de marchandise pour quelques dollars, sillonnant les somptueux paysages américains en bus ou en stop. Des voyages faits de rencontres, de séparations, de retrouvailles, de fêtes, de sexe et de drogue. Une succession de scènes de sexe (très sage) et de nuits agitées qui pourra lasser, si ce n’est que le charme des interprètes principaux de « Sur la route » opère dès le début : Sam Riley et Garret Hedlund possèdent un charme et un magnétisme qui les rend très attirants.

Kristen Stewart se lâche enfin

Les seconds rôles permettent aussi d’apporter un peu de substance et d’émotion dans un récit qui avance peu, bien que le metteur en scène l’ait rendu bien plus linéaire pour qu’il soit accessible à un public plus large. Kirsten Dunst, dans le rôle de Camille, la seconde femme de Dean, qu’il délaisse régulièrement pour son ex et ses autres maîtresses, est convainquante en amoureuse blessée. Carlo Marx, lui aussi amoureux de Dean, émeut, tout comme Kristen Stewart qui prouve qu’elle est capable de jouer correctement quand elle est bien dirigée. Quant aux apparitions de « guests » comme Viggo Mortensen en avatar de William S. Burrough, elles apportent  sporadiquement le petit grain de folie qui manque à l’ensemble. On aurait  en effet aimé assister devant son écran à de véritables transes comme celles évoquées dans le roman lors de ces nuits sous l’emprise de la benzédrine, celles du film restant au final plutôt sage.

Au final, « Sur la route » est un road movie contemplatif porté par un casting de premier choix et des images évocatrices. Il vous donnera peut-être envie de tailler la route et de picoler avec Sal et Dean à travers le continent américain. Dommage qu’il ne soit pas un peu plus barré.

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