Critique : « Killer Joe » de William Friedkin

Cinq ans après nous avoir bluffés avec « Bug », un huis-clos saisissant et anxiogène teinté d’une paranoïa poussée à son paroxysme, William Friedkin nous revient en grande forme avec « Killer Joe », adapté d’une pièce de la même auteure, Tracy Lepps. Un polar amoral et mordant dont les antihéros appartiennent à cette Amérique des laissés pour compte, membres d’une white trash family des plus déglinguées.

Le réalisateur de « L’Exorciste » nous met d’emblée dans l’ambiance. Chris (Emile Hirsch), un jeune dealer paumé frappe à la porte du mobile home de son père, Ansel (Thomas Jane), en pleine nuit, beuglant à tue-tête pour qu’on lui ouvre. Il est accueilli par sa belle-mère à demi nue peu embarrassée par la pubis, son pubis bien en vue. C’est clair, on est donc bien loin de 7 à la maison… D’autant plus que Chris vient rendre visite à son père avec des intentions pas très catholiques. Criblé de dettes, il entend engager un tueur à gages pour régler son compte à sa mère et empocher son assurance vie, dont il a appris que sa soeur Dottie (Juno Temple, merveilleusement décalée) était bénéficiaire.

Après s’être mis d’accord pour se partager les gains à quatre part égales,  en mettant la belle-mère chaudasse (Gina Gershon) dans le tableau, Chris et son père font alors appel à Joe (Matthew McConaughey), flic de son état et accessoirement tueur à gages pour dézinguer la daronne. Un personnage trouble et inquiétant qui exige de se faire payer d’avance avant de remplir toute prestation. La famille étant sans le sou, Killer Joe accepte de faire une entorse à sa règle à condition que lui soit offerte la vierge Dottie en tant que caution, ce que Chris et Ansel acceptent sans trop de scrupules…

Dans le rôle de cet homme trouble au charme vénéneux, Matthew McConaughey excelle et continue une belle reconversion dans des emplois plus profonds, débutée avec « La Défense Lincoln » et poursuivie il y a peu de temps avec « Magic Mike ». Tour à tour attirant et effrayant, il nous offre dans « Killer Joe » une de ses meilleures performances et impressionne.

« Killer Joe » est aussi un véritable film de genre qui prend aux tripes et fait monter la pression crescendo jusqu’à un final outrancier mais parfaitement marquant. Il faut aussi souligner l’intelligence et l’humour noir très présent qui fait aussi de ce film une farce grinçante qui écorne rageusement l’image de l’Amérique profonde. On aura beau reprocher à Friedkin ses personnages archétypaux de vierge sacrifiée (Dottie) et de pute machiavélique (la belle-mère), et le côté presque caricatural de l’ensemble, on ne pourra que s’incliner devant la maestria avec laquelle le réalisateur met en scène cette histoire sordide et inquiétante.

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