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Mon top 10 des films de 2014

(Mis à jour le 28/12)

Qui dit Noël, dit marronnier. La fin d’année approchant à grands pas, il est venu le temps pour moi de me livrer au mien et de faire le bilan des films qui m’ont marqué ces douze derniers mois.

Classement forcément subjectif dans lequel on ne trouvera pas le tant loué Insterstellar, présent dans la plupart des tops, mais qui malgré quelques qualités indéniables m’a assez déçu.

Ayant vu Whiplash après avoir écrit ce top, une mise à jour s’est imposée et Tom à la Ferme de Xavier Dolan se voit donc éjecté de la dernière place que je lui avais attribuée initialement. Etant donné que Mommy occupe toujours la première, je pense qu’il ne m’en voudra pas.

30966910.  Les Combattants de Thomas Cailley

Un premier long-métrage qui dynamite la comédie française avec une singularité et une maîtrise notables, qui fit forte impression à la dernière Quinzaine des réalisateurs cannoise. Et confirme, au passage, les qualités de son interprète principale Adèle Haenel, césar du second rôle 2014 pour Suzanne. Jouant sur les contrastes entre ses personnages principaux, Cailley orchestre avec un humour ravageur une romance sur fond de survie, en mélangeant adroitement les genres (comédie, romance, aventure). Une belle découverte.

 

dallas9. Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée

Autre réalisateur canadien avec le vent en poupe (son Wild cartonne actuellement outre-Atlantique), Jean-Marc Vallée nous offrait en janvier un joli film sur la survie et la tolérance avec Dallas Buyers Club. L’occasion pour Matthew McConaughey et Jared Leto de faire de belles performances à Oscar dans les rôles d’un rodeo guy hétéro-beauf pour le premier, et d’un transsexuel pour le second, tous deux frappés par le sida dans le Texas des années 80.

 

téléchargement (2)8. X-Men : Days of Future Past de Bryan Singer

Premier blockbuster de ce classement, le dernier des volets de la saga X-Men marque également le retour aux manettes de Bryan Singer. Une vraie réussite dans laquelle Wolverine voyage à travers le temps pour sauver les mutants de l’extinction, nous offrant plus de deux heures de grand spectacle et de scènes d’anthologie (la fameuse scène de Quicksilver) tout en parvenant grâce à la roublardise de son scénario à totalement effacer les événements du désastreux X-Men 3.
7. NIGHT CALLNight Call de Dan Gilroy

Belle pépite du circuit indépendant que ce Nightcrawler (son titre original) signé par le frère de Tony Gilroy. Jake Gyllenhaal y est tout simplement parfait dans le rôle d’un jeune type énigmatique qui s’improvise reporter d’images choc dans les nuits de LA. Un rapace qui s’avérera très doué pour ce job et pour vendre ses images volées à une productrice de News Channels en bout de course incarnée par Rene Russo (Mme Gilroy à la ville). Un thriller d’excellente facture sur fond d’une satire du monde des médias.

 

téléchargement (1)6. The Grand Budapest Hotel de Wes Anderson

Qu’on y adhère ou pas, on sera bien obligé de reconnaître à Wes Anderson qu’il n’a pas son pareil pour créer un univers, un style et une ambiance reconnaissables entre mille. Et quand il convoque dans son Hôtel une galerie de personnages tous plus fantasques les uns que les autres, interprétés par un casting forcément 4 étoiles, difficile de faire la fine bouche. Un film qui synthétise toutes les qualités de son oeuvre avec une véritable élégance et un sens de la narration indéniable.

 

5. Whiplash de Damien Chazelle

De la musique, de la sueur, du sang et des larmes au programme de ce Prix du public du festival du film indépendant de Sundance. Whiplash raconte l’histoire d’Andrew, un jeune étudiant en musique (Miles Teller) qui rêve de devenir l’un des plus grands batteurs de jazz de son temps, et de rejoindre l’orchestre de Terence Fletcher (J.K. Simmons), professeur de musique intraitable. Repéré par ce dernier, Andrew va être poussé au-delà de ses limites par ce mentor irascible qui ne recule devant rien pour faire se surpasser ses élèves : humiliation, violence psychologique, perversité… Le duo d’acteurs fonctionne à merveille et nous offre un affrontement qui monte crescendo, jusqu’à un final en apothéose. Un vrai coup de fouet !

 

téléchargement (3)4. Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn

Deuxième blockbuster de mon classement, ce n’était pas forcément le plus attendu, et pourtant le plus gros hit du box office de l’année. A juste titre tant James Gunn parvient à livrer un divertissement à la fois spectaculaire, nostalgique et complètement drôle. Portés par un univers visuel fou, une BO rétro des plus réussies et un casting qu’on ne peut qualifier que d’on ne peut plus cool (Ah, Chris Pratt), ces Gardiens de la Galaxie s’imposent comme de nouveaux concurrents sérieux face à l’écurie Star Wars. On attend déjà la suite…

 

Boyhood

3. Boyhood de Richard Linklater

Style et moyens radicalement différents pour le long-métrage qui s’inscrit aux marches de mon podium annuel. Un film fleuve dont la production se sera étalée sur pas moins de douze ans, pour retracer le parcours d’un enfant, depuis ses 6 ans jusqu’au seuil de l’âge adulte. Un projet unique en son genre pour lequel le réalisateur de la trilogie des Before (- Sunrise, Sunset et Midnight), obsessionnel du temps qui passe, a réuni pendant quelques jours de tournage, une fois par an, ses acteurs devant sa caméra. Grâce au charme naturel des acteurs, de sa révélation Ellar Coltrane à la toujours aussi classe Patricia Arquette, au naturalisme inédit et à une façon brillante de sublimer l’ordinaire, Boyhood s’impose comme un classique instantané.

 

5087842. Gone Girl de David Fincher

Qui mieux que David Fincher (7even, Zodiac) pour porter à l’écran Les Apparences de Gillian Flynn (qui signe ici l’adaptation de son propre roman) ? Après s’être attaqué à Millennium, le réalisateur de Fight Club revient en très grande forme avec ce thriller extrêmement retors dans lequel un journaliste (Ben Affleck) se retrouve suspect numéro un après la mystérieuse disparition de sa femme (Rosamund Pike), riche héritière de parents ayant fait leur fortune avec des livres pour enfantsla mettant en scène. Si l’auscultation d’un couple à la dérive s’avère finalement seulement esquissée, Fincher se révèle brillant pour jouer avec ces fameuses apparences dont il est question dans le titre du livre original, et manipuler le spectateur du début à la fin, avec un humour noir assez délectable. Affleck est transparent, comme l’exige son rôle. Rosamund Pike livre quand à elle une interprétation remarquable et remarquée. Personnellement, la fin m’a laissé sur le cul !

 

1. Mommy de Xavier Dolan

Une fois n’est pas coutume, c’est donc le même réalisateur qui ouvre et ferme mon top annuel. En l’occurrence, le stakhanoviste Xavier Dolan qui signe à seulement 25 ans son meilleur film et selon moi le plus marquant de 2014. Avec ce mélo familial, Xavier Dolan frappe un grand coup et signe sans conteste son plus grand film, et accessoirement le meilleur de l’année à ce jour, porté par l’interprétation d’un trio d’acteur magistral : Anne Dorval, Suzanne Clément et Antoine Olivier Pilon.

Dolan parvient avec Mommy à nous charrier entre éclats de rires et de larmes, espoir et désespoir, calme et tempête. Et ce sur plus de deux heures, sans que l’on ressente, au contraire de certains de ses précédents films, la moindre once d’ennui. On comprend mal d’ailleurs, comment le jury Cannois n’ait pu lui attribuer que le moins bon de ses prix. Mais peu importe, Mommy explose tout sur son passage par la force de son énergie et de son souffle dramatique. Une pure merveille.

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Critique : « Mommy » de Xavier Dolan

arton26911-ef28dA vingt-cinq ans seulement, Xavier Dolan a déjà cinq longs métrages à son actif : J’ai tué ma mère, Les amours imaginaires, Laurence Anyways, Tom à la ferme, et maintenant Mommy, prix du Jury du dernier Festival de Cannes.

Si ses premières oeuvres pouvaient faire débat, certains lui reprochant un maniérisme et un lyrisme outrés cachant un propos un peu creux, le dernier opus du « prodige du cinéma canadien » mettra tout le monde d’accord. Avec ce mélo familial, Xavier Dolan frappe un grand coup et signe sans conteste son plus grand film, et accessoirement le meilleur de l’année à ce jour, porté par l’interprétation d’un trio d’acteur magistral.

Après s’être frotté à un grand sujet avec l’épopée d’un homme voulant devenir femme (Laurence Anyways), et au film de genre avec le très réussi Tom à la ferme, l’acteur réalisateur reprend un thème qu’il avait déjà abordé lors de son premier long-métrage, J’ai tué ma mère, celui des relations mère-fils, mais sous un angle différent puisque le thème récurrent de l’orientation ou de l’identité sexuelle n’est plus présent ici, où seule compte la survie.

2-137-80539Dans la province de Montréal, Diane Després, alias Die (Anne Dorval), une mère veuve en plein déclassement tente de joindre les deux bouts alors qu’elle vient de récupérer son fils de quinze ans, Steve (Antoine Olivier Pilon) d’un centre pour mineur où il a provoqué un incendie. Aussi attachant qu’instable et imprévisible, l’adolescent bouleverse et déséquilibre la vie de sa mère, tout en déstabilisant la vie de leur mystérieuse voisine Kyla (Suzanne Clément), avec qui la mère et le fils font connaissance à la suite d’un affrontement d’une grande puissance.

Mommy est un vrai film d’acteurs, qui laisse à Anne Dorval tout le loisir d’exprimer sa grande exubérance dans un argot local absolument délicieux et hilarant, à l’image de son look décalé. Un rôle en or pour cette actrice révélée par une série canadienne à succès. Tout en contraste, Suzanne Clément (déjà impressionnante dans Laurence Anyways) interprète brillamment une prof bègue dépressive tout en réserve, à la parole au contraire bloquée. Un personnage clé qui parviendra de façon surprenante à équilibrer ce duo familial ô combien instable. De son côté, le jeune Antoine Olivier Pilon n’est pas en reste et s’impose comme la révélation du film, dégageant un charisme fou et une énergie impressionnante capable d’exploser à n’importe quel moment.

Mais au-delà de la direction d’acteurs exemplaire, on est également frappé par la grande maîtrise formelle du film et la mise en scène de Dolan, qui ose le format carré pour être au plus près de ses personnages. Un format avec lequel il saura jouer de la plus belle des façons grâce à un plan parfait dans lequel Steve écarte le cadre avec ses mains. On retrouve aussi mais de manière moins ostentatoire et systématique les motifs classiques qui font la patte de l’auteur : les jeux de lumière (particulièrement belle ici) et des ralentis qui viennent accentuer les moments les plus dramatiques.

068027Et bien sûr, la musique qu’il intègre complètement dans l’action avec des tubes ultra-populaires joués in extenso (il le dit et le répète, Titanic est son film préféré). On se souviendra de Colorblind des Counting Crows qui accompagne le ballet de Steve avec un caddie, d’On ne change pas de Céline Dion, « trésor national » sur lequel s’abandonnent joyeusement ce trio d’acteurs incroyable dans une parenthèse enchantée; ou encore de Vivo per lei, que Steve interprète dans une scène de karaoké décisive où la tension monte crescendo, à l’origine d’un des climax du film, sans trop en dévoiler.

On a beau chercher des défauts à ce film, difficile d’en trouver tant Dolan parvient à nous charrier entre éclats de rires et de larmes, entre espoir et désespoir, calme et tempête. Et ce sur plus de deux heures, sans que l’on ressente, au contraire de certains de ses précédents films, la moindre once d’ennui. On comprend mal d’ailleurs, comment le jury Cannois n’ait pu lui attribuer que le moins bon de ses prix. Mais peu importe, Mommy explose tout sur son passage par la force de son énergie et de son souffle dramatique. Une pure merveille.