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Steve McQueen évoque l’absence de « Shame » aux Oscars

Michael Fassbender et Steve McQueen

Parmi les grands absents des nominations aux Oscars, dont la cérémonie se tiendra ce dimanche, on peut notamment citer « Drive » de Nicholas Winding Refn, et son acteur principal, Ryan Gosling. Mais aussi « Shame«  du réalisateur britannique Steve McQueen, dont le héros interprété par l’excellent Michael Fassbender a également été snobé par l’Académie. Pour McQueen, qui s’exprime à ce sujet dans le magazine Total Film, la raison de l’éviction de son film est simple : les Américains ne sont pas à l’aise avec « la chose ». Trop prudes, eux ? Possible…

Aux États-Unis, ils ont trop peur du sexe. C’est la raison pour laquelle [Michael Fassbender] n’a pas été nommé. En regardant la liste pour le meilleur acteur, comment ne pas se dire ‘quoi, Michael Fassbender n’est pas dedans’ ?

Si cet oubli de la part des professionnels de l’académie des Oscars peut sembler étonnant après un accueil critique et public globalement très favorable (rappelons que Fassbender avait été salué par un prix d’interprétation à la Mostra de Venise, et qu’il était nommé aux BAFTA dans la catégorie meilleur acteur – récompense raflée par Jean Dujardin), il semble ne pas déranger le réalisateur outre mesure :

C’est un peu dingue, mais c’est comme ça. C’est un trophée américain, qu’ils le gardent. C’est un acteur qu’on ne rencontre qu’une fois par génération, qui peut se transformer et se transcender de façon très crédible. C’est le genre de type que c’est.

Un acteur qu’il est d’ailleurs tout à fait prêt à faire tourner à nouveau :

Tout dépend du script. Si Michael est la bonne personne pour le personnage et qu’il apprécie le script. Ce que j’aime dans notre relation c’est qu’elle n’est pas exclusive, ce n’est pas un mariage. C’est de l’amitié et elle est faite de respect pour le talent de l’autre et de l’amour du film.

Ça fait en tout cas un concurrent sérieux en moins pour « The Artist » et Jean Dujardin, qui ont eux toutes leurs chances d’être primés dimanche (lire à ce sujet « Why The Artist Will Win Best Picture at the Oscars »)

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Revue de web : Les Oscars 2011 sous influence européenne

Déjà acclamé par les critiques new yorkais qui lui ont décerné leur prix du meilleur film, « The Artist » de Michel Hazanavicius fait déjà figure de favori avec 6 nominations aux prochains Golden Globes. Un succès outre-atlantique de bonne augure pour nos frenchies aux prochains Oscars.

Sur le site du magazine Variety, le journaliste américain Peter Debruge jette un oeil sur les films qui vont faire la cérémonie à venir et parle de l’influence très européenne qui marque les favoris pressentis pour 2011. Parmi les prétendants en lice pour la statuette dorée, il évoque notamment notre film français The Artist, mais aussi d’autres oeuvres qui prennent racine en Europe comme Tintin, Hugo Cabret ou encore le très attendu Millenium, qui a ravi les critiques américains.

Un peu de chauvinisme, ça fait toujours plaisir, alors voici une traduction approximative de l’article en question (à lire en V.O. ici) :
Un an après avoir leur levé leur chapeau pour le Discours d’un Roi, nos cousins européens semblent avoir une plus grande présence que jamais dans les films les plus célébrés de cette année. Mais, contrairement au « meilleur film de 2010 », qui mariait les talents britannique et australiens, beaucoup des prétendants au titre pour l’année 2011 montrent un inextricable mélange entre la sensibilité américaine et celle du vieux continent, que l’on a vu partout : de sujets européens (« Les aventures de Tintin »), à des lieux de tournage européens (« Minuit à Paris »), en passant par des réalisateurs européens (Roman Polanski).

Les deux films qui incarnent le plus cette tendance sont sans doute « Hugo Cabret »de Martin Scorcese et « The Artist » de Michel Hazanavicius, deux hommages aux premiers jours du 7ème art livrés par des réalisateurs ayant chacun placé leur film dans le continent d’en face. Dans « Hugo », l’américain Martin Scorcese recrée de toute pièce une gare parisienne (Montparnasse) vers 1931 pour illustrer une histoire mystérieuse mettant en scène George Méliès, l’inventeur des effets spéciaux visuels et l’un des premiers à avoir utilisé le film comme moyen de raconter des histoires. Alors que Scorcese tournait en Europe, Hazanavicius voyageait jusqu’à Los Angeles pour fabriquer son hommage en noir et blanc à la grande époque du muet à Hollywood, intégrant à son casting des acteurs américains comme John Goodman ou Penelope Ann Miller pour jouer au côté de la star française Jean Dujardin.

« Mon idée était de faire un vrai film de réalisateur en hommage aux cinéastes qui m’ont inspiré, notamment John Ford, Tod Browning, Murnau et Josef Von Sternberg », explique Hazanavicius. Dans cette liste, les deux derniers étaient des européens qui ont trouvé du travail à Hollywood, une tradition qui perdure aujourd’hui. Né en France, Roman Polanski continue à raconter des histoires américaines de l’étranger, après « the Ghost Writer », « Carnage » se déroule dans un appartement de Manhattan. L’artiste londonien Steve Mcqueen a lui plongé encore plus profondément dans la psyché des habitants solitaires de « Gotham » avec « Shame ». […]

Alors que les Européens rendent hommage au cinéma américain, les réalisateurs américains se sont occupés quant à eux de mettre leur empreinte sur des histoires venues d’Europe. En se doutant que se cachait une mine d’or derrière le best-seller suédois de Stieg Larsson « Millénium : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes » (déjà adapté dans son pays d’origine), Sony a engagé David Fincher pour qu’il mette sa patte sombre sur cette oeuvre. Et Steven Spielberg revient avec deux projets, chacun adaptés d’oeuvres européennes. « Cheval de guerre », basé sur le conte d’un étalon de la première guerre mondiale écrit par le romancier britannique Michael Morpurgo, et « Les aventures de Tintin », qui donnent au héros le plus populaire de la BD belge la chance de figurer dans un blockbuster hollywoodien.

En filmant frontalement des sujets tels que l’antisémitisme, la misogynie et le viol, le thriller de Fincher met en lumière l’Europe de façon critique. Pas tellement Woody Allen et son « Minuit à Paris », qui montre la longue l’histoire d’amour de l’Amérique avec la ville lumière, en poursuivant son voyage dans les villes européennes (comme dans « Match Point », « Vicky Cristina Barcelona », etc.). Entre autres choses, le film souligne le fait que de nombreux artistes américains majeurs – Ernest Hemingway, F. Scott Fitzgerald et Gertrude Stein figurent tous dans ce conte où l’on remonte le temps – ont trouvé leur plus grande inspiration et leur acceptation en Europe. Aucun metteur en scène n’incarne plus clairement New York qu’Allen, qui n’a pas gagné un seul oscar en 25 ans, et pourtant son coeur a passé presque toute la dernière décennie à l’étranger.

Enfin, ce n’est pas pour rien que Terrence Malick, que certains considèrent comme le plus grand poète du cinéma américain, a pris une approche décidément très européenne pour « The Tree of Life », qui tourne autour de sa petite ville du Texas et ramène à la surface la perte de son frère dans l’examen très personnel de la fragilité et du miracle de la vie. C’est un film qui n’aurait pu exister si le chemin n’en avait pas été tracé par des auteurs d’outre-atlantique tels que Stanley Kubrick et Michelangelo Antonioni. Dans cette lignée, l’influence européenne ne surprendra personne chez Alexander Payne, le réalisateur de « The Descendants ». « Quand on a affaire à des réalisateurs auteurs, comme Scorcese et Malick, n’est-ce pas toujours le cas ? »


Shame, une âpre variation sur la solitude

Après avoir parlé ici il y a peu de Michael Fassbender, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, j’étais plutôt pressé de voir Shame, le dernier film de Steve McQueen dans lequel il est en tête d’affiche. Et je n’ai pas été déçu. Porté par le jeu puissant et impeccable de son interprète principal et une réalisation maîtrisée de bout en bout, le film fascine tout comme il dérange.

Le pitch : Brandon, un trentenaire new-yorkais qui bosse beaucoup et vit seul dans son appartement de Manhattan, a un gros problème. C’est un sex-addict, en proie à des pulsions qu’il a de plus en plus de mal à contrôler. Quand sa soeur Sissi (Carey Mulligan) s’immisce dans son appartement et revient dans sa vie, l’univers qu’il s’est créé va s’en trouver tout ébranlé – sans mauvais jeu de mot.

Pour commencer, je pense que tout le monde sera d’accord pour saluer l’interprétation du très charismatique Michael Fassbender… Tout comme dans Hunger, dans un autre registre, il a vraiment donné de sa personne. Scènes de nu frontal et de sexe bestial, l’acteur est filmé de façon crue dans toutes ses errances. Mais la performance de Fassbender ne se résume pas au fait d’avoir osé le nu. Rien d’excitant dans ces scènes d’ailleurs. Par son jeu, les expressions de son visage et ses gestes, il parvient à exprimer l’infinie solitude d’un homme incapable de résister à ses pulsions, et d’aimer qui que soit à commencer par lui-même. Un prix d’interprétation à la dernière Mostra amplement mérité donc…

Question scénario, Steve McQueen a aussi su y faire en exploitant plutôt subtilement un thème rarement évoqué de manière aussi frontale au cinéma, l’addiction au sexe en l’occurrence. Les quelques scènes introductives évoquent le quotidien codifié de Brandon, tournant autour de son désir exacerbé : regards lubriques dans le métro, sexe tarifé, masturbation dans les toilettes du bureau, porno…

"Hey coquine, tu descends ?"

Carey Mulligan, dans le rôle de sa soeur, est l’élément perturbateur qui pourrait le sortir du trou dans lequel il s’enfonce tous les jours. Elle est celle qui pourrait remettre de l’humain et de l’émotion dans sa vie. On imagine, sans qu’il en soit trop dit, que ces deux là partagent un lien particulier et un passé commun pas tout rose : notamment dans une jolie scène où Brandon va l’écouter chanter dans un club une version (quand même pas top) de New York New York, qui lui tire les larmes.

On espère qu’ils puissent se sauver l’un l’autre. Mais pas de place pour Sissi dans son monde, tant son obsession prend toute la place. Brian, impitoyable, la rejette violemment. Sans trop en dévoiler, si suite à l’irruption de sa soeur dans son appart, le sex-addict tente vainement de débuter une relation normale et de se débarrasser de ses démons, c’est pour mieux replonger et s’enfoncer encore plus dans la nuit new yorkaise.

"Gimme a hug"

En bref, Shame est une oeuvre âpre et tragique, sur l’autodestruction et la solitude extrême d’un homme en proie à son addiction.

C’est lent, c’est terriblement froid même dans ses scènes chaudes, c’est troublant, et d’une grande tristesse.

C’est à voir !

Michael Fassbender, l’acteur qui monte

the scarf of Shame

Tout le monde se l’arrache à Hollywood : Tarantino, Cronenberg, Scott… Son nom, Michael Fassbender.

L’acteur anglo-allemand de 34 ans débarque sur les écrans en ce mois de décembre dans deux films qui font déjà parler d’eux : Shame, de Steve McQueen, et A Dangerous Method de David Cronenberg.

L’occasion de revenir sur sa courte carrière déjà impressionnante, oscillant entre films grand public et d’auteur…

Après avoir joué de ses muscles dans le 300 de Zack Snyder, Fassbender est révélé par Hunger de Steve McQueen (le réalisateur anglais, pas l’acteur, forcément…). Il y est tout simplement impressionnant dans son interprétation du militant irlandais Bobby Sands, décédé en 1981 suite à une grève de la faim. Habité, amaigri, saisissant, la performance du comédien, comme le film, n’est pas passée inaperçue. Hunger décrochera en effet la Caméra d’or qui récompense le meilleur premier film au Festival de Cannes en 2008. « J’ai perdu 14 kilos et j’en pesais 59 à la fin. C’était la seule façon de le faire et d’être crédible », déclare-t-il à l’époque.

"J'ai faim ! "

Après le marquant survival Eden Lake, dans lequel il se retrouve pris au piège avec Kelly Reilly face à une bande d’ados psychopathes, il enchaîne l’année suivante avec Fish Tank, d’Andrea Arnold, où il séduit une adolescente perdue. Le film obtient le Prix du Jury, et le charisme animal et le sourire carnassier de Fassbender crèvent l’écran. La même année, il est choisi par Quentin Tarantino pour son Inglorious Basterds pour incarner un agent britannique se faisant passer pour un soldat allemand, langue qu’il parle d’ailleurs couramment. La scène dans laquelle il infiltre un bouge infesté d’allemand vous apprendra comment on commande correctement trois verres chez les Teutons.

"drei Gläser bitte"

Ensuite, sa carrière explose : jeune Magneto dans X-Men : le commencement au côté de James McAvoy, il retrouve Steve McQueen pour Shame, et se voit décerner le prix d’interprétation au festival de Venise en 2011 grâce à sa prestation. Un film qui sort le 7 décembre en France et devrait apparemment être tout aussi dérangeant, et cru. A New York, il y est question de l’affaire DSK de l’errance d’un trentenaire addict au sexe qui voit sa soeur débarquer dans son appartement.

Ses choix de carrière, il ne les fait pas en fonction du nombre de spectateurs potentiels. « Ce qui me préoccupe, c’est de raconter l’ambivalence que nous avons tous en nous. J’aime les personnages duels comme Magnéto, ou celui de Fish Tank. Etre au plus près des fissures de l’être humain. Dans un blockbuster ou dans un film intello » confie-t-il à GQ. Comédien intense et captivant, au charisme fou, pas étonnant qu’il soit en ce moment aussi recherché au ciné que le beau gosse Ryan Gosling.

Et on n’a pas fini de le voir, puisqu’il prêtera ses traits à Carl Jung dans le film « psycho » A Dangerous Method (sortie française le 21 décembre) qui s’intéresse à sa relation avec son mentor le Dr Sigmund Freund (Viggo Mortensen) et une patiente hystéro (Keira Knightley) qui va devenir sa maitresse. La suite, ce sera notamment en 2012 Prometheus de Ridley Scott, de retour à la SF, Haywire, un thriller de Steven Soderbergh, et on vient de l’annoncer comme Noé dans l’arche de Darren Aronosfsky, qui s’apprête à adapter sa propre bédé.